Certains termes sont tellement «passés dans l’usage» qu’on ne se doute à peu près pas qu’ils sont fautifs. La phrase suivante, entendue dans le téléroman Les sœurs Elliot (1re saison, 2e épisode) : «On va rater le momentum» en est ici un bel exemple.
MOMENTUM
«Anglisicme pour impulsion, circonstances (favorables), lancée. Il faut profiter des circonstances (et non du *momentum).»(1)
«Momentum est un mot latin qui tente depuis peu de se faufiler en français par l’intermédiaire de l’anglais; c’est un terme à la mode dont on use et abuse depuis quelque temps, notamment dans le langage journalistique. Plusieurs équivalents français peuvent lui être substitués selon le contexte : élan, impulsion, lancée, force, essor, allure, vitesse (de croisière), rythme, dynamisme, vigueur, énergie, conjoncture (favorable) ou conditions (favorables), etc.
Le mot est souvent employé dans des expressions telles que profiter du momentum, créer un momentum, avoir le momentum, garder le momentum, qui pourraient être rendues par des tours comme profiter de l’impulsion du moment, de circonstances favorables, ou encore créer une dynamique, avoir le vent en poupe, continuer sur sa lancée, garder le rythme, être porté par, etc. On parle également souvent d’un momentum favorable pour dire que le temps, la situation, la conjoncture se prête bien, ou est propice, à une action quelconque.
Il ressort qu’avec autant d’équivalents pouvant rendre la même notion, et permettant même de subtiles nuances, la langue française n’a aucun besoin de cet anglicisme.
Exemples fautifs :
- Une victoire dans le débat donnerait un momentum à la campagne du candidat.
- En politique, les plus expérimentés savent profiter du momentum.
- Cette conférence internationale devrait permettre de créer le momentum politique indispensable à la relance du processus de paix.
- Après avoir facilement remporté la première manche, le favori a perdu son momentum et a finalement dû s’incliner devant son adversaire.
On dira plutôt :
- Une victoire dans le débat donnerait une avance (ou assurerait une longueur d’avance) au candidat dans la campagne.
- En politique, les plus expérimentés savent profiter de l’impulsion du moment.
- Cette conférence internationale devrait permettre de créer une dynamique indispensable (ou une conjoncture favorable) à la relance du processus de paix.
- Après avoir facilement remporté la première manche, le favori a perdu son élan (ou n’a pas su garder le rythme) et a finalement dû s’incliner devant son adversaire.»(2)
Les trois sœurs Elliot auraient ainsi mieux fait de dire «On va rater les circonstances favorables», ou encore «On va rater l’occasion, le moment clé»… Ce qui, bien évidemment, ne les aurait pas empêchées de rater ledit moment, de toute façon.
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française
mercredi 31 août 2011
mardi 30 août 2011
Le mot nouveau du mardi
Contexte :
Au Téléjournal de Radio-Canada, le 22 août dernier, vers 22h09, à propos du décès de Jack Layton, lors d’une discussion entre Emmanuelle Latraverse et Céline Galipeau.
«EL : Et c’est son optimistme, son jovialisme même, par moments…
CG : Qu’on critiquait d’ailleurs, beaucoup, enfin nous, les journalistes.
EL : Oui, c’est ça. …lui a valu beaucoup de critiques, beaucoup de quolibets pendant des années.»
QUOLIBET
«n. m. Raillerie malveillante.»(1)
«n. m. Propos gouailleur(a), plaisanterie à l’adresse de qqn. → raillerie.»(2)
--
(a) GOUAILLEUR
«adj. Qui gouaille(b), qui aime à railler.»(2)
(b) GOUAILLER
«v. tr. VIEILLI Railler sans délicatesse. → plaisanter, railler. 2. v. intr. MOD. Dire des railleries. → se moquer.»(2)
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
Au Téléjournal de Radio-Canada, le 22 août dernier, vers 22h09, à propos du décès de Jack Layton, lors d’une discussion entre Emmanuelle Latraverse et Céline Galipeau.
«EL : Et c’est son optimistme, son jovialisme même, par moments…
CG : Qu’on critiquait d’ailleurs, beaucoup, enfin nous, les journalistes.
EL : Oui, c’est ça. …lui a valu beaucoup de critiques, beaucoup de quolibets pendant des années.»
QUOLIBET
«n. m. Raillerie malveillante.»(1)
«n. m. Propos gouailleur(a), plaisanterie à l’adresse de qqn. → raillerie.»(2)
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(a) GOUAILLEUR
«adj. Qui gouaille(b), qui aime à railler.»(2)
(b) GOUAILLER
«v. tr. VIEILLI Railler sans délicatesse. → plaisanter, railler. 2. v. intr. MOD. Dire des railleries. → se moquer.»(2)
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
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lundi 29 août 2011
Stationnement [très!] longue durée
Attention! Si vous vous garez à cet endroit, vous serez OBLIGÉ d’y rester stationné durant quatre heures. Si si! Le panneau le dit.
Un cercle vert, ça signifie une «obligation», si je me rappelle bien mes cours de conduite… Le caractère facultatif du stationnement serait normalement un P noir sur fond blanc, tout simplement.
Pensez-y bien avant de vous garer là! ;)
samedi 27 août 2011
Entendu – no 12
Quand : Le 15 août 2011, vers 18h05.
Où : Au Téléjournal de Radio-Canada.
Contexte : Propos d’Yves Bolduc, ministre de la santé, lors d’un reportage concernant les attentes de plus de 48 heures dans les urgences de Montréal.
«Il faut relativer* les choses.»
Est-ce ça, «l’art d’économiser ses mots»? En en tronquant des syllabes?
--
* Le ministre aura plutôt voulu dire : «Il faut relativiser les choses.»
Où : Au Téléjournal de Radio-Canada.
Contexte : Propos d’Yves Bolduc, ministre de la santé, lors d’un reportage concernant les attentes de plus de 48 heures dans les urgences de Montréal.
«Il faut relativer* les choses.»
Est-ce ça, «l’art d’économiser ses mots»? En en tronquant des syllabes?
--
* Le ministre aura plutôt voulu dire : «Il faut relativiser les choses.»
vendredi 26 août 2011
Hyponose et sommeil
Selon vous, quelle peut être la racine commune des mots hypnose et sommeil? À première vue, il semble difficile de se prononcer. Pourtant, les deux mots sont non seulement sémantiquement liés, mais ils le sont aussi étymologiquement.
«De l’Indo-européen swopno/swpno : sommeil.
La forme swpno donna en grec supnos, puis hupnos, nom du sommeil. Le nom hypnose, désignant une sorte de sommeil artificiellement provoqué, a été forgé au XIXe siècle, d’après hupnos. […] En latin, la forme swopno a donné sopnus, puis somnus, devenu en français somme (‘‘faire un somme’’). Sommeil est issu du diminutif somniculus, ‘‘petit somme’’.»(1)
«SOMMEIL
famille d’une racine indo-européenne swep- ‘‘dormir’’. En grec hupnos ‘‘sommeil’’. En latin 1) somnus (reposant sur swop-no-), diminutif bas latin somnīcūlus ‘‘état de celui qui dort’’, d’où somnium ‘‘songe, rêve’’ et somniare ‘‘rêver’’; latin insomnis ‘‘privé de sommeil’’, et insomnia, plur. neutre ‘‘insomnie’’; somnifer ‘‘qui apporte le sommeil’’ 2) sopor, -oris ‘‘force qui endort’’, d’où sopīre ‘‘endormir’’.
I. MOTS LATINS DE LA FAMILLE DE somnus
A. MOTS POPULAIRES
1. sommeil, sommeiller, ensommeillé;
2. somme, assommer, assommant, assommeur, assommoir;
3. songe, songer, songeur, songerie, songecreux.
B. MOTS SAVANTS
1. somnolence, somnolent, somnoler;
2. somnifère;
3. insomnie, insomniaque, insomnieux;
4. somnambule.
II. MOTS LATINS DE LA FAMILLE DE sopor
1. assouvir, assouvissement;
2. assoupir, assoupissement;
3. soporifique.
III. MOTS SAVANTS D’ORIGINE GRECQUE
hypn(o)- : grec hupnos 1er élément de mots savants, ex. : hypnotique, hypnose, hypnotiser, hypnotiseur, hypnotisme, hypnagogique.»(2)
En espérant que ce billet n’ait pas été trop soporifique…
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(1) [GARRUS, René (2005). Les étymologies surprises. Éditions Belin, Paris.]
(2) [PICOCHE, Jacqueline (2008). Dictionnaire étymologique du français. Dictionnaires Le Robert, Paris.]
«De l’Indo-européen swopno/swpno : sommeil.
La forme swpno donna en grec supnos, puis hupnos, nom du sommeil. Le nom hypnose, désignant une sorte de sommeil artificiellement provoqué, a été forgé au XIXe siècle, d’après hupnos. […] En latin, la forme swopno a donné sopnus, puis somnus, devenu en français somme (‘‘faire un somme’’). Sommeil est issu du diminutif somniculus, ‘‘petit somme’’.»(1)
«SOMMEIL
famille d’une racine indo-européenne swep- ‘‘dormir’’. En grec hupnos ‘‘sommeil’’. En latin 1) somnus (reposant sur swop-no-), diminutif bas latin somnīcūlus ‘‘état de celui qui dort’’, d’où somnium ‘‘songe, rêve’’ et somniare ‘‘rêver’’; latin insomnis ‘‘privé de sommeil’’, et insomnia, plur. neutre ‘‘insomnie’’; somnifer ‘‘qui apporte le sommeil’’ 2) sopor, -oris ‘‘force qui endort’’, d’où sopīre ‘‘endormir’’.
I. MOTS LATINS DE LA FAMILLE DE somnus
A. MOTS POPULAIRES
1. sommeil, sommeiller, ensommeillé;
2. somme, assommer, assommant, assommeur, assommoir;
3. songe, songer, songeur, songerie, songecreux.
B. MOTS SAVANTS
1. somnolence, somnolent, somnoler;
2. somnifère;
3. insomnie, insomniaque, insomnieux;
4. somnambule.
II. MOTS LATINS DE LA FAMILLE DE sopor
1. assouvir, assouvissement;
2. assoupir, assoupissement;
3. soporifique.
III. MOTS SAVANTS D’ORIGINE GRECQUE
hypn(o)- : grec hupnos 1er élément de mots savants, ex. : hypnotique, hypnose, hypnotiser, hypnotiseur, hypnotisme, hypnagogique.»(2)
En espérant que ce billet n’ait pas été trop soporifique…
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(1) [GARRUS, René (2005). Les étymologies surprises. Éditions Belin, Paris.]
(2) [PICOCHE, Jacqueline (2008). Dictionnaire étymologique du français. Dictionnaires Le Robert, Paris.]
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