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jeudi 13 novembre 2014

La double faute du jeudi — catégories ‘grammaire’ et ‘anglicisme’

« Découvres ton éligibilité »*

FAUTE 1

ACCORD DE L’IMPÉRATIF PRÉSENT,
2E PERSONNE DU SINGULIER

« Quant aux verbes qui se terminent par -ir, -oir et -re à l’infinitif, ils s’écrivent pour la plupart de la même façon à la deuxième personne du singulier de l’impératif présent qu’à la même personne à l’indicatif présent. »(1)

« VERBES EN -VRIR OU -FRIR : COUVRIR
IMPÉRATIF, présent

couvre
couvrons
couvrez »(2)


FAUTE 2

ÉLIGIBILITÉ**
« n. f. Aptitude légale à être élu. »(3)

« FORME FAUTIVE Anglicisme au sens de admissibilité. »(4)


CORRECTION
Découvre ton admissibilité

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* Toutes mes excuses pour la mauvaise qualité de la photo. La distance et le mouvement du métro m’auront rendu plutôt ardue la tâche de capturer ce « bijou ».
** Autre source à consulter :
Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF)
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(1) Banque de dépannage linguistique de l’OQLF
(2) [Bescherelle 1, L’Art de conjuguer (1991). Éditions Hurtubise HMH Ltée, Torcy, p. 62.]
(3) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(4) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]

mercredi 6 juin 2012

Allumettes en vente ou vente de feu?



Lors de changements de saison, les boutiques cherchent à écouler leurs stocks et nous annoncent alors des promotions toutes plus alléchantes les unes que les autres. Mais en quoi un article en vente devrait-il être plus ou moins attrayant qu’un article en solde, dites-moi?

VENTE
«n. f. 1. Convention entre deux personnes par laquelle l’une (le vendeur) s’oblige à livrer une chose à l’autre (l’acquéreur), à la payer. 2. Action de vendre.
LOCUTION
- En vente. Se dit d’un bien destiné à être vendu. NOTE Contrairement à l’anglais où le mot ‘‘sale’’ comporte deux sens distincts : ‘‘vente’’ et ‘‘vente au rabais’’, le nom français ne signifie que l’action de vendre. Pour désigner une vente où le prix des articles a été réduit, on emploiera plutôt vente au rabais, solde(1)
En français, le substantif vente désigne l’action de vendre, le fait de céder un bien contre une somme d’argent ou la mise en vente de marchandises.

Contrairement à l’anglais sale, qui peut avoir le sens de «vente à prix réduit», vente ne signifie pas «aubaine, promotion, rabais, réclame, solde», ni «liquidation». Son emploi en ce sens constitue un anglicisme. Ainsi, c’est un anglicisme de dire qu’on a acheté un article en vente : on l’a plutôt acheté en solde, en promotion, en réclame, à prix réduit ou au rabais.
[…]
Par ailleurs, on évitera ces autres calques de l’anglais que constituent vente d’eau et vente de feu (flood sale et fire sale), auxquels on préférera par exemple liquidation après sinistre ou encore solde après incendie. Si l’expression est utilisée au sens figuré et qu’il n’y a pas eu réellement sinistre, on peut employer par exemple braderie ou vente au rabais.(2)
Ainsi, tout article que l’on peut se procurer en échange d’un paiement est dit en vente. D’un point de vue pécuniaire, cette appellation devient tout à coup beaucoup moins alléchante, n’est-ce pas? Sur ce, bonnes aubaines!

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N. B. Pour des exemples d’utilisations fautives et d’utilisations correctes, consultez le lien (2), ci-dessous.
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mercredi 30 mai 2012

Quand on veut des résultats

À votre avis, quelle sera l’issue du conflit qui oppose les étudiants au gouvernement Charest? En quoi résulteront leur manifestations?
Le verbe résulter se construit avec de et signifie «s’ensuivre» , «être le résultat de», «découler de».

Exemples :
- Des chutes de neige pourraient résulter de l’avancée de ce front froid.
- Il résulte de ce conflit une baisse notable du volume des ventes.
- La forêt boréale étant un écosystème fragile, il en résulte que nous devons la protéger.

Sous l’influence de l’anglais to result in, on emploie à tort la tournure résulter en pour signifier non pas «être le résultat de» mais au contraire «être la cause de», à la place de mener à, aboutir à, se solder par, se terminer par, entraîner, occasionner. On s’inspirera des exemples qui suivent pour corriger cet anglicisme.

Exemples fautifs :
- Une maladie bénigne peut résulter en une catastrophe humanitaire quand elle touche des populations sous-alimentées.
- Ce conflit pourrait résulter en une guerre civile dévastatrice.
- Le mauvais temps a résulté en de nombreux accidents routiers.
- Une rupture de stock a résulté en une perte de clientèle.

On écrira plutôt, par exemple :
- Une maladie bénigne peut entraîner une catastrophe humanitaire quand elle touche des populations sous-alimentées.
- Ce conflit pourrait dégénérer en une guerre civile dévastatrice.
- Le mauvais temps a provoqué de nombreux accidents routiers.
- Une rupture de stock a occasionné une perte de clientèle.(1)
Notons que le verbe résulter ne s’emploie pas à toutes les formes ni à toutes les personnes.
v. intr., impers.
Être la conséquence, découler de.
NOTE Ce verbe se conjugue avec l’auxiliaire avoir pour marquer l’action; avec l’auxiliaire être, pour marquer l’état. Le verbe ne s’emploie qu’à l’infinitif, à la troisième personne des autres temps et aux temps composés.
FORME FAUTIVE *résulter en. Calque de «to result in» pour provoquer, causer, entraîner, occasionner(2)
Reposons-nous maintenant notre question initiale, mais correctement, soit : Qu’entraîneront leur manifestations?, ou Que provoqueront leurs manifestations? Toutefois, peu importe la façon de poser la question, il semble que la réponse ne soit pas encore trouvée…

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(1) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]

mercredi 16 mai 2012

Dette langagière

Encore cette semaine, je vous présenterai une tournure fréquemment utilisée qui peut sembler correcte, mais qui, dans certains contextes ne l’est pas.
[L]es mots dû à s’emploient de façon tout à fait justifiée avec le verbe être (parfois sous-entendu) dans le sens de «causé par» ou «attribuable à», l’expression dû à ne doit pas être employée comme locution prépositive pour signifier «à cause de, en raison de, du fait de, par suite de», «à la suite de» ou «grâce à».

Exemples :
- Le retard de l’avion est dû aux tempêtes qui sévissent sur la côte.
- Cette méprise due à l’inexpérience du jeune employé ne se reproduira pas.

Exemples fautifs :
- Dû au mauvais temps, tous les vols sont retardés.
- Sa voiture a dérapé dû aux freins trop usés.
- Dû à l’embouteillage sur le boulevard Laurier, je suis arrivée en retard.
- Dû à des changements de dernière minute, il a fallu rédiger un nouveau contrat.(1)
On peut souvent tenter de remplacer l’expression qu’on soupçonne d’être inadéquate par une autre, pour en justifier ou non le caractère correct.
La locution adjectivale dû à est bien française. Par exemple, il est tout à fait correct de dire : Le retard est dû à un problème technique. Si on peut la remplacer par attribuable à ou imputable à, la locution dû à est bien choisie. En revanche, la locution dû à est considérée comme un calque de l’anglais lorsqu’elle a une valeur adverbiale. Autrement dit, lorsqu’on peut la remplacer par en raison de, à cause de ou compte tenu de, la locution dû à est un anglicisme.(2)
Une autre façon de vérifier la légitimé de l’utilisation de dû à est de se poser la question suivante : est-ce que possède un antécédent nominal? Pour trouver l’antécédent, il suffit de se demander : qu’est-ce qui est dû?

Si je me réfère aux exemple présentés ci-dessus, on peut se demander, pour les deux exemples corrects :
- Qu’est-ce qui est dû aux tempêtes? → le retard.
- Qu’est-ce qui est due à l’inexpérience? → la méprise.
Par contre, si l’on regarde le deuxième exemple fautif :
- Qu’est-ce qui est dû aux frein trop usés? → On ne peut pas répondre : la voiture. C’est plutôt le fait que la voiture ait dérapé qui est l’antécédent ici, et il ne s’agit pas d’un nom mais bien d’un verbe (en fait, de toute une proposition, ici). On peut ainsi considérer l’emploi de dû à comme fautif dans cet exemple.

En espérant que ces explications aient su vous éclairer.

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(1) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française
(2) BERTRAND, Guy. Le français au micro.

jeudi 19 avril 2012

La faute du jeudi – catégorie ‘anglicisme [ironique*!]’

«Un funambuliste qui voulait traverser…»

FUNAMBULISTE
Introuvable.

Par contre, l’anglais utilise bien le terme funambulist : «tightrope walker»(1), ayant pour étymologie «From French funambule or its source, Latin funambulus, from funis ‘‘rope’’ + ambulare ‘‘walk’’.»(1)

FUNAMBULE
«n. m. et f. Acrobate qui marche sur une corde tendue. SYN. équilibriste.»(2)

«n. Personne qui marche, danse sur la corde raide. ⇒ arcrobate, danseur (de corde), équilibriste, fildeferiste(3)


CORRECTION
Un funambule qui voulait traverser…

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* L’ironie dans cette faute, c’est qu’on est ici vraisemblablement parti du terme anglais pour créer l’équivalent français, alors que le terme anglais était lui-même issu du terme français.
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(1) Wiktionary
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(3) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]

jeudi 22 mars 2012

La faute du jeudi – catégorie ‘anglicisme’

→ «CERTIFICATS CADEAUX» ←

CERTIFICAT
«n. m. 1. Écrit prouvant un fait, un droit. 2. Diplôme.
FORME FAUTIVE
*certificat-cadeau. Calque de «gift certificate» pour chèque-cadeau.»(1)
Un chèque-cadeau est un bon d’échange d'une certaine valeur offert en cadeau pour l’achat d’un bien ou d’un service dans le magasin ou l’entreprise désignée. Il faut éviter d’employer le calque certificat-cadeau, de l’anglais gift certificate, pour désigner ce type de bon, puisqu’en français, le mot certificat désigne un écrit qui émane d’une autorité compétente et qui atteste un fait ou un droit. On peut toutefois désigner le chèque-cadeau par le terme bon-cadeau.
[…]
Quant à la carte-cadeau, version moderne du chèque-cadeau, c’est une carte magnétique ou à puce émise par un commerce, que l’on offre en cadeau et sur laquelle est enregistré un montant correspondant à une valeur d’achat dans ce commerce.

Au pluriel, on écrit des chèques-cadeaux, des bons-cadeaux ou des cartes-cadeaux. La graphie sans trait d’union est également possible (chèque cadeau, bon cadeau ou carte cadeau).(2)

CORRECTION
CHÈQUES-CADEAUX

ou
BONS-CADEAUX
ou
CARTES-CADEAUX

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mercredi 14 mars 2012

Mot à tout faire?

Si l’on vous dit que vous êtes une personne versatile, serez-vous flatté ou vexé?

VERSATILE
«adj. Inconstant, changeant. Cette personne est très versatile : elle est imprévisible. SYN. capricieux; instable.
NOTE Cet adjectif, qui a un sens plutôt défavorable, ne peut qualifier que des personnes.
FORME FAUTIVE
*versatile. Anglicisme au sens de aux talents variés, flexible, polyvalent (personne), tous usages, à tout faire, universel (objet).»(1)

«adj. Sujet à changer facilement d’opinion; exposé à des revirements soudains. ⇒ changeant, inconstant, lunatique. ◊ CONTR. Entêté, obstiné, opiniâtre, persévérant.»(2)

Méfiez-v0us ainsi des anglicismes (et des faux-amis), qui pourraient, comme on vient de le voir ici, vous faire prendre un reproche pour un compliment.

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Autres sources à consulter :
Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française
Le français au micro, capsules de Guy Bertrand
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]

dimanche 26 février 2012

Entendu – no 24

Quand : Le jeudi 23 février 2012, vers 17h20.
Où : Dans le train de banlieue.
Contexte : Deux passagers à côté de moi discutent de la compagnie pour laquelle ils travaillent.

«Ils veulent revanter l’image de la compagnie.»

D’abord, le verbe revanter n’existe pas. Mais, même au sens plausible de «vanter de nouveau», le mot ne convient toujours pas au contexte.

Mon voisin aura plutôt voulu dire : «Ils veulent revamper l’image de la compagnie.»

Toutefois, je découvre aujourd’hui avec surprise que le verbe revamper est introuvable dans les dictionnaires! C’est la banque de dépannage linguistique qui m’aidera à élucider ce mystère :
Revamper est un emprunt hybride créé à partir du verbe anglais to revamp, qui signifie «changer, réparer, rénover, améliorer». De nombreux verbes français peuvent remplacer cet anglicisme, selon le contexte. Lorsqu'on parle d'objets, de pièces ou d'immeubles, on peut employer les verbes rénover, remodeler, retoucher, retaper, refaçonner ou la locution remettre à neuf. Lorsqu'on veut insister sur la nouveauté, on peut préférer renouveler, rajeunir, rafraîchir ou moderniser. Lorsqu'on parle d'une entreprise ou d'un organisme, on peut utiliser restructurer ou réorganiser. Il est également possible de remplacer revamper par modifier, remanier ou encore, dans certains contextes, par les expressions refaire une beauté, donner un style nouveau.(1)
Voilà un Entendu qui aura été instructif.

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(1) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mercredi 22 février 2012

La vie avant d’être lauréat

Avec tous ces galas qui ont lieu depuis quelques semaines, j’en profite pour tenter de démêler les usages acceptés ou non des mots tels nomination, nominé et nommé.

NOMINER
«Anglicisme pour mettre en nomination, recevoir une nomination, sélectionner(1)
«v. t. (de l’angl. to nominate, proposer). [Anglic. déconseillé] Sélectionner des personnes, des œuvres pour un prix, une distinction.»(2)

NOMINÉ, ÉE
«adj. ANGLIC. Dont on a cité le nom, le titre, pour être digne d’un prix (en parlant d’une personne, d’une œuvre). Recomm. offic. sélectionné.»(3)

NOMINATION
«n. f. […] 2. Mention.»(1)
«n. f. […] 3. Le fait d’être nommé (dans une distribution de prix, parmi les lauréats d’un concours). ⇒ mention(3)

La nomination implique donc clairement le sens d’«avoir obtenu le prix». «En français, nomination […] désigne alors une distinction, après les prix et les accessits(a), dans les concours. Il s’agit donc dans ce cas d’une récompense en soi et non du fait d’être sélectionné parmi les candidats à un prix [...].»(4)

NOMMÉ
«adj. […] II. Désigné, choisi par nomination.»(3)
Les nommés sont…

Le substantif nommé ne figure pas dans les dictionnaires. De même, l'anglicisme nominé n'est pas recommandé, bien qu’il figure dans certains dictionnaires. On dira d’un artiste en lice pour un prix qu’il est sélectionné pour un prix. Il est aussi possible de dire qu’un film, un disque ou un livre est sélectionné pour un prix ou qu’il fait l’objet d’une sélection pour un prix. Enfin, quand le processus de sélection comporte plusieurs étapes, il est pertinent de dire qu'un candidat est finaliste.

Nota : La locution en nomination, qui a longtemps été critiquée, est maintenant passée dans l'usage.(5)
Toutefois, malgré que la plupart des dictionnaires et références récents déconseillent l’emploi de nominer, comme nous venons de le voir, un ouvrage semble l’accepter, dans le contexte bien précis de remises de prix artistiques :
NOMINER
emploi et sens Ce verbe, calqué sur l’anglais to nominate, a été répandu dans le monde du spectacle, pour signifier «mentionner (le nom d’un film ou d’un acteur) dans une présélection avant l’attribution des oscars ou des césars». Très critiqué, ce mot est cependant bien formé et acceptable dans un contexte précis, car ni nommer ni sélectionner ne lui correspondent vraiment… On se rappelera qu’auditionner, réceptionner, etc., aujourd’hui admis par l’usage, ont été formés dans le même esprit, en dépit de la préexistence d’entendre et de recevoir.(6)
Cette dernière référence nous démontre un principe propre à toute langue : une langue évolue, change et s’adapte à ses usages (et donc, à ses usagers).

Ainsi, bien que pour l’instant, il nous soit généralement prescrit d’éviter le verbe nominer au sens de «sélectionner» ou «mettre en nomination» pour recevoir un prix, on peut toutefois croire que dans un proche avenir, cet usage sera accepté et jugé correct.

En attendant, suivez plutôt les conseils de notre ami linguiste Guy Bertrand. :)

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(a) ACCESSIT
«n. m. Distinction honorifique accordée aux lauréats les plus proches du premier prix[.]»(2)
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [Le petit Larousse illustré 2012, édition limitée, éditions Larousse, Paris.]
(3) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(4) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française
(5) BERTRAND, Guy. Le français au micro.
(6) [COLIN, Jean-Paul (2006). Dictionnaire des difficultés du français. Éditions Le Robert, collection Les usuels, Paris.]

mercredi 15 février 2012

Information d’outre-tombe!

Pour ceux d’entre vous qui suivez les émissions quotidiennes de Star Académie, vous serez peut-être étonnés d’apprendre l’information suivante (considérant qu’un spécialiste de la langue française y donne des cours!)…

POST(-)MORTEM
«Anglicisme au sens de analyse, rétrospective, bilan, examen (d’une situation, d’un échec).»(1)
Post mortem est une expression latine utilisée en anglais (postmortem) pour désigner une analyse critique d’un événement, faite après coup. Le terme français autopsie constitue cependant l’équivalent à privilégier dans ce sens, au lieu de l’anglicisme.
[…]
D’autres expressions peuvent également exprimer cette idée d’analyse après coup, en particulier faire le bilan, faire l’analyse rétrospective de, revenir sur.(2)
Quelqu’un veut en informer monsieur Angélil? :)

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N. B. Pour consulter des exemples, rendez-vous sur le site de la Banque de dépannage linguistique(2).
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mercredi 8 février 2012

Se suspendre à un anglicisme et l’ignorer

Il y a quelques jours, j’ai eu des rideaux à installer chez moi. Et qui dit rideaux dit…? Sur quoi on les suspend déjà nos rideaux?

PÔLE
«n. m. 1. Chacune des deux extrémités de l’axe de rotation de la Terre. 2. (FIG.) Centre d’intérêt.»(1)

«n. m. 1. ASTRON. Chacun des deux points de la sphère céleste formant les extrémités de l’axe autour duquel elle semble tourner. 2. COUR. Chacun des deux points de la surface terrestre formant les extrémités de l’axe de rotation de la Terre. ◊ PAR EXT. Région géographique située près d’un pôle, entre le cercle polaire et le pôle. 3. Se dit de deux points principaux et opposés. 4. GÉOM. Extrémités de l’axe d’un solide de révolution. 5. PHYS. Chacun des ‘‘deux points de l’aimant qui correspondent aux pôles du monde, dont l’un regarde le nord et l’autre le sud’’. 6. ÉLECTR. Chacune des deux extrémités d’un circuit électrique, chargée l’une d’électricité positive, l’autre d’électricité négative. 7. ANAT. EMBRYOL. Partie la plus saillante, aux deux côtés opposés d’une structure anatomique. 8. FIG. Ce qui attire, entraîne; centre d’activité, d’intérêt.»(2)

D’abord, aucune pôle, de genre féminin, n’apparaît dans les dictionnaires. Ensuite, même comme nom masculin, aucune signification ne fait état d’une barre pour y suspendre nos rideaux. D’où viendrait alors ce mot, et quel est celui qu’on doit plutôt utiliser pour le remplacer?

«La baguette à laquelle on accroche les rideaux et les tentures s’appelle tringle et non pôle. Bien sûr, pôle est un anglicisme.»(3)

En effet, le terme anglais pole signifie «Perche. Morceau de forme allongée de métal, de bois...»(4)

TRINGLE
«n. f. Barre métallique qui sert à soutenir des rideaux, des voilages, etc. La tringle (et non la *pole) du rideau de douche. SYN. barre.»(1)

«n. f. 1. VX Baguette équarrie. ◊ MOD. Tige métallique servant de support, d’élément d’un mécanisme (poussoir, tirette) ou d’outil. ⇒ barre, broche. [...]»(2)

Ainsi donc, la pôle (ou pole), que ce soit celle pour les rideaux de votre salon ou pour celui de votre salle de bain, n’existe tout simplement pas en français. Il faut plutôt parler de tringle.

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(3) [BERTRAND, Guy (2010). 400 capsules linguistiques II. Éditions Michel Brûlé, Montréal.]
(4) Wiktionnaire

mercredi 11 janvier 2012

Rencontres impropres…

Encore une fois cette semaine, il sera question de l’usage fautif d’un terme, usage tellement fréquent qu’on ne le remarque possiblement plus. À titre d’exemple, voici une citation de l’animateur Guy A. Lepage à son émission Tout le monde en parle, diffusée le 31 décembre 2011 sur les ondes de Radio-Canada, à propos du retrait du Canada du protocole de Kyoto : «D’après le ministre Kent, le Canada n’aurait jamais été capable de rencontrer les engagements qu’il avait pris à Kyoto sans faire des choix radicaux et irresponsables.»

RENCONTRER
«v. tr. I. 1. Être mis, se trouver en présence de (qqn) par hasard. ◊ Se trouver avec (qqn avec qui une rencontre a été ménagée). – SPORT Être opposé en compétition à (un adversaire). ◊  Se trouver pour la première fois avec (qqn). ◊ Trouver parmi d’autres (qqn dont on a besoin). 2. Se trouver près de, en présence de (qqch.). → atteindre, trouver. ◊ Se trouver en présence de (un obstacle, une résistance). → heurter. 3. FIG. Se trouver en présence de (un événement, une circonstance fortuite, une réaction qu’on a suscitée).»(1)

«v. tr. Se trouver en présence de quelqu’un de façon voulue ou par hasard.
FORMES FAUTIVES
*rencontrer (des besoins, des demandes).
Anglicisme au sens de répondre à, satisfaire.
*rencontrer (des conditions).
Anglicisme au sens de satisfaire à, remplir.
*rencontrer (des difficultés, un problème).
Anglicisme au sens de éprouver.
*rencontrer (des exigences).
Anglicisme au sens de répondre à, satisfaire.
*rencontrer (un délai, une échéance, des normes).
Anglicisme pour respecter.
*rencontrer (une dépense, des engagements, ses obligations).
Anglicisme au sens de faire face à, régler, s’acquitter de.

*rencontrer (un objectif).
Anglicisme au sens de atteindre(2)
Les mauvaises rencontres

Bien que la plupart des dictionnaires n’en fassent pas mention, il est possible de dire qu’on rencontre des difficultés, des complications, des embûches ou des problèmes. Dans ce contexte, rencontrer est synonyme de se trouver face à, se heurter à, connaître ou éprouver. L’image évoquée est celle de la personne qui trouve une difficulté sur son chemin. En revanche, sous l’influence de l’anglais, on donne parfois au verbe rencontrer des sens qu’il n’a pas. Voici quelques emplois fautifs du verbe rencontrer ainsi que les équivalents les plus courants en français correct :

rencontrer des conditions
satisfaire à ou remplir des conditions

rencontrer des critères
répondre à des critères

rencontrer des exigences
répondre à ou satisfaire à des exigences

rencontrer des frais
faire face à ou supporter des frais

rencontrer des normes
respecter ou satisfaire à des normes

rencontrer la demande
répondre à, suffire à ou satisfaire à la demande

rencontrer une approbation
obtenir ou recevoir une approbation

rencontrer les coûts
couvrir les coûts

rencontrer ses dettes
s’acquitter de ou payer ses dettes

rencontrer un besoin
subvenir à, répondre à ou satisfaire un besoin

rencontrer un délai
respecter un délai

rencontrer un engagement
faire honneur à, tenir ou respecter un engagement


rencontrer un objectif
atteindre ou réaliser un objectif

rencontrer une échéance
respecter une échéance

rencontrer une obligation
respecter ou s’acquitter d’une obligation

rencontrer une opposition
se heurter à une opposition

rencontrer les prévisions
confirmer ou concorder avec les prévisions(3)
Voilà qui, en principe, devrait vous évitez de fâcheuses rencontres.

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Vous pouvez aussi consulter un article sur le même sujet dans la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française.
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(1) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(3) BERTRAND, Guy. Le français au micro.

jeudi 15 décembre 2011

La faute du jeudi – catégories ‘orthographe’ et ‘anglicisme’

→ «DISTRIBUTEUR AUTHORISÉ» ←

AUTORISÉ
«1. Admis. SYN. Approuvé.»(1)
«Authorized. Simple past tense of authorize(2)

Le h vient donc ici du mot anglais, puisque authoriser n’existe tout simplement pas en français.

CORRECTION
DISTRIBUTEUR AUTORISÉ

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Wiktionary

mercredi 14 décembre 2011

Agenda à partager?

Un soir récent où je n’arrivais pas à dormir, j’ai ouvert la télévision et suis tombée sur La politique provinciale, soit du temps d’antenne fourni gratuitement (il était environ 4h30 am!) aux députés pour qu’ils s’adressent à la population. Ledit député a énoncé ce qui suit : «Mais de la personnalité politique, vous doutez d’emblée. Vous savez qu’elle a un plan, un programme, un agenda, un objectif à vous faire partager.» Pour ma part, ce dont j’ai alors douté d’emblée, c’est de l’utilisation du terme agenda dans ce contexte. J’ai donc été vérifier.

AGENDA
«n. m. 1. Mot latin signifiant ‘‘ce que l’on doit faire’’ utilisé au sens de ‘‘carnet destiné à noter jour par jour ce que l’on doit faire’’. 2. (PAR EXT.) Contenu d’un agenda. SYN. emploi du temps.
FORMES FAUTIVES
*agenda. Anglicisme au sens de ordre du jour.
*agenda. Anglicisme au sens figuré de programme, ligne d’action.»(1)

«n. m. Carnet sur lequel on inscrit jour par jour ce qu’on doit faire, ses rendez-vous, ses dépenses, etc.»(2)
En français, le mot agenda désigne un carnet prédaté où l’on inscrit son emploi du temps (ce carnet peut être électronique). Par extension, au figuré, il désigne parfois l’ensemble de choses à traiter dans une période donnée, et peut être synonyme de emploi du temps, de calendrier.

En anglais, agenda peut désigner également le programme ou l’ordre du jour d’une réunion; dans ce sens, son utilisation en français constitue un anglicisme.

Exemples :
- Pour Noël, j’ai reçu un magnifique agenda de poche.
- J’ai un emploi du temps (ou : un agenda) très chargé ces temps-ci.
- Quel est l’ordre du jour de la réunion? (et non : l’agenda de la réunion)

Par ailleurs, l’expression agenda politique, calquée de l’anglais political agenda, peut désigner les préoccupations politiques, la liste des priorités d’un gouvernement ou la ligne d’action d’un parti.

Quant à l’anglicisme agenda caché (hidden agenda), ou plus rarement agenda secret (secret agenda), il est employé au sens de «programme, intentions non déclarées». On le remplacera par diverses expressions telles que : programme (ou plan, objectif) secret, projets tenus secrets, stratégie secrète, intentions cachées (ou non déclarées, non avouées) ou encore arrière-pensées.

Exemples :
- La lutte contre le chômage est l’une des priorités du gouvernement. (et non : est à l’agenda politique)
- Quelle est la ligne d’action de ce nouveau parti? (et non : l’agenda politique)
- On a accusé le candidat de dissimuler ses véritables intentions. (et non : d’avoir un agenda caché)
- Il s’est défendu d’avoir un objectif caché. (et non : un agenda caché)(3)
Ainsi, dans l’exemple présenté précedemment, on peut affirmer que le terme agenda était inapproprié et aurait dû être remplacé, par exemple, par ligne d’action ou intention.

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(3) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mercredi 7 décembre 2011

Questions d'affrontements et de comparaisons

Quand deux équipes de sport se rencontrent pour un match, on entend souvent, par exemple, Canadiens versus Maple Leafs. De la même façon, le terme versus est aussi employé dans des phrases telles la différence essence versus diesel, ou toute comparaison de la forme hommes versus femmes. Qu’en est-il de ces usages? Sont-ils corrects ou non?

VERSUS
«DIDACT. Opposé à, par opposition à.» (1)

«prép. Par opposition à. Économie versus ou vs écologie. SYN. par rapport à.
FORME FAUTIVE *versus. Anglicisme pour contre, c. (langue juridique).
NOTE Ce mot a été emprunté au latin par l’intermédiaire de l’anglais. Il s’emploie dans les oppositions à deux éléments.»(2)

L’usage de la préposition versus est relativement récent en français où on ne l’atteste que depuis les années 1960. Elle y est venue par l’anglais qui l’avait empruntée au latin dès le XVe siècle.

Versus connaît plusieurs sens en anglais, mais seul son emploi dans le domaine de la linguistique pour signifier une opposition binaire du type inanimé vs animé ou masculin vs féminin est généralement admis dans les ouvrages de référence français. La préposition est par ailleurs presque toujours notée sous sa forme abrégée vs (sans point). D’autres emplois de versus sont passés dans l’usage des francophones, et surtout des Québécois, mais comme plusieurs équivalents français sont disponibles, cet emprunt se révèle superflu et il est préférable de lui substituer des mots (ou des expressions) bien français.

Ainsi, en contexte sportif, vs peut se rendre en français par contre ou simplement par un trait d’union (la partie Montréal-Boston) ou encore en ayant recours à des verbes comme rencontrer, s’opposer, mettre aux prises ou s’affronter. Dans la langue juridique, l’anglais versus, ou ses abréviationsv. ou vs., se traduit par contre, ou son abréviation c.; ainsi, on écrira : dans l’affaire Tremblay contre (ou c.) Dubois. Dans un contexte financier ou statistique, on pourra remplacer versus par : contre, au lieu de, par rapport à, comparé à, comparativement à ou en comparaison de (les revenus de 2006 comparés à ceux de 2005).

Enfin, pour exprimer une alternative ou une opposition entre deux notions, on peut trouver en français, selon le contexte, de multiples ressources pour éviter versus, telles que par opposition à, opposé à, contrairement à ou simplement ou (subventions ou financement privé, la force opposée à l’agilité, l’opposition ville-banlieue, etc.).

Exemples fautifs :
- La hausse des profits s’explique par la fluctuation du dollar canadien versus le dollar américain.
- Le test de performance porte sur deux types de voitures : diésel versus hybride.
- Les parties Montréal vs Québec attirent toujours des foules records.
- On a déploré 500 morts sur les routes cette année versus 450 l’année dernière.
- Le rapport évalue la part relative des déplacements en transport en commun versus ceux qui sont effectués en voiture.
- Plus de femmes que d’hommes (25% vs 18%) ont des revenus de moins de 25 000$.
- École publique vs école privée : le débat est ouvert.

On dira plutôt :
- La hausse des profits s’explique par la fluctuation du dollar canadien par rapport au dollar américain.
- Le test de performance porte sur deux types de voitures : diésel et hybride.
- Les parties mettant aux prises Montréal et Québec attirent toujours des foules records. (ou opposant les équipes de…, ou Montréal-Québec)
- On a déploré 500 morts sur les routes cette année comparativement à 450 l’année dernière.
- Le rapport évalue la part relative des déplacements en transport en commun par rapport à ceux qui sont effectués en voiture.
- Plus de femmes que d’hommes (25% contre 18%) ont des revenus de moins de 25 000$. (ou comparé à)
- École publique ou école privée : le débat est ouvert.(3)
Voilà donc qui est plus clair. Le mot versus contre tous ces synonymes : la partie était perdue d’avance pour lui. Et c’est votre lexique qui vient d’y gagner!

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(1) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(3) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française

mercredi 30 novembre 2011

Courir à sa perte?

Aujourd’hui, je vous parlerai d’un mot qui est régulièrement utilisé de façon incorrecte lors de discours à caractère financier, et qu’on entend aussi dans d’autres contextes, parfois correctement, parfois incorrectement : le verbe encourir. Par exemple, si vous écoutez les nouvelles et qu’on dit d’un criminel que sa peine encourue est de deux ans, mais qu’on dit ensuite au sujet du gouvernement qu’il doit justifier les dépenses encourues, quelle(s) utilisation(s) est (sont) correcte(s), à votre avis?

ENCOURIR
«v. tr. LITTÉR. Se mettre dans le cas de subir (qqch. de fâcheux). → mériter (cf. s’exposer à). Encourir une amende, des peines très sévères.»(1)

«v. tr. (LITT.) S’exposer à (quelque chose de fâcheux). Encourir une amende, un châtiment.
FORMES FAUTIVES
*encourir. Anglicisme au sens de engager (une dépense).
*encourir. Anglicisme au sens de contracter (une dette).
*encourir. Anglicisme au sens de subir (une perte).»(2)

Ainsi, on constate qu’il est incorrect d’utiliser le verbe encourir au sens de «contracter une dette», «engager une dépense» ou «subir une perte». Ce qu’il faut retenir, ce que lorsqu’on utilise le verbe encourir, il doit y avoir l’idée de s’exposer à quelque chose aux conséquences désagréables, ou risquer un danger, une peine. La dépense, la dette ou la perte sont certes des événements fâcheux, mais ce sont plutôt leurs conséquences qui amèneront des désagréments.

On pourrait ainsi dire :
La perte que j’ai subie m’a fait encourir le blâme de mes pairs.
J’ai encouru la honte de ma famille après leur avoir avoué l’énorme dette que j’avais contractée
.

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(1) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]

jeudi 27 octobre 2011

La faute du jeudi – catégories ‘anglicisme’, ‘faux-amis’ et ‘homophones’

→ «MÈCHE* a partir…» ←

MÈCHE
«n. f. 1. Assemblage de fils destinés à brûler dans un appareil d’éclairage. 2. Petite touffe de cheveux. 3. Petite tige effilée.»(1)
I. 1. Cordon, bande, tresse de fils de coton, de chanvre, imprégné(e) de combustible et qu’on fait brûler par son bout libre, pour obtenir un flamme de longue durée. 2. cordon fait d’une matière qui prend feu aisément. […]
II. PAR ANAL. 1. CHIR. Petite bande de gaze, de toile qu’on introduit entre les lèvres d’une plaie ou dans un trajet fistileux, pour permettre l’écoulement de la sérosité, du pus, et pour éviter une cicatrisation prématurée. 2. Ficelle de fouet. 3. COUR. Fine touffe de cheveux distincts dans l’ensemble de la chevelure par leur position, leur forme, leur couleur. 4. Tige d’acier de forme variable servant à percer par rotation le bois, le métal. → foret. 5. TEXTILE Ruban de filasse qui alimente les métiers à filer.(2)
MESH
«Anglais. Nom commun. 1. Maille. 2. Filet. 3. Réseau.»(3)


À
prép.
1. La préposition introduit un complément indirect.
2. La préposition marque :
- Le lieu.
- Le temps.
- La possession.
- Le moyen.
- La manière.
NOTE. Ne pas confondre la préposition à, qui s’écrit avec un accent grave, avec la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe avoir, a (que l’on peut remplacer par avait). Elle a (avait) un travail à terminer.(1)

CORRECTION
Tissu filet à
partir…
ou
Tissu maille, tissu à mailles à partir…,
ou
Maillage à partir…

--
* Ici, on a affaire à une double faute, en ce sens qu’on a utilisé la graphie française mèche, alors qu’on voulait utiliser le sens du terme anglais mesh. Le terme anglais semble souvent utilisé tel quel dans le domaine du textile. Il s’agit donc ici à la fois d’un anglicisme et de l’utilisation d’un faux-ami.
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(3) Wiktionnaire

mercredi 14 septembre 2011

Insécurité lexicale

La sécurité est une préoccupation quotidienne et répandue, et ce, à toutes sortes de points de vue : la sécurité personelle, la sécurité Internet, la sécurité nationale, etc. Il semble toutefois qu’on ne sache malheureusement pas en parler d’une façon linguistiquement correcte. J’entendais récemment, soit le 24 août dernier, le journaliste Jean-François Bélanger, sur les ondes du Téléjournal de Radio-Canada, à 18h20, prononcer la phrase suivante, à propos de la recherche de Kadhafi en Libye : «La capitale est tout sauf sécure

«L’adjectif sécure n’existe pas en français. On évitera donc d’employer cet emprunt à l’anglais secure; on lui préférera les adjectifs sécuritaire, solide, stable, sûr, assuré ou sécurisé, les expressions en sûreté, en sécurité, à l’abri, en lieu sûr ou encore d’autres tournures, en s’inspirant des exemples suivants.

Exemples fautifs :
- Te sens-tu à l’aise? Tu n’as pas l’air sécure.
- Je me sens sécure ici.
- Est-ce que l’endroit est sécure? Je ne veux pas courir de risques.
- Es-tu certain que le nœud est sécure?
- Nous vous offrons un accès sécure pour votre magasinage en ligne.

On écrira plutôt, par exemple :
- Te sens-tu à l’aise? Tu n’as pas l’air tranquille.
- Je me sens en sécurité ici.
- Est-ce que l’endroit est sûr? Je ne veux pas prendre de risques.
- Es-tu certain que le nœud est bien solide?
- Nous vous offrons un accès sécurisé pour votre magasinage en ligne.»(1)

De la même façon, insécure n’est pas davantage un terme accepté en français, bien qu’on l’entende passablement souvent pour décrire des personnes.

«L’adjectif insécure n’existe pas en français, malgré sa ressemblance avec le nom insécurité. On évitera donc d’employer cet emprunt à l’anglais insecure, auquel on préférera des expressions comme anxieux, inquiet, peu sûr, dangereux, vulnérable, précaire, fragile, etc.

Exemples fautifs :
- Comment te sens-tu? Tu sembles insécure.
- Je suis très insécure depuis cet étrange accident.
- J’ai hâte de partir, car cet endroit me semble insécure.
- Ton nouvel emploi me semble bien insécure.
- Je n’aurais pas cru qu’un site Internet pouvait être aussi insécure.

On écrira plutôt, par exemple :
- Comment te sens-tu? Tu sembles anxieuse.
- Je suis très inquiet depuis cet étrange accident.
- J’ai hâte de partir, car cet endroit me semble dangereux.
- Ton nouvel emploi me semble bien précaire.
- Je n’aurais pas cru qu’un site Internet pouvait être aussi vulnérable(2)

Ainsi, n’est-il pas beau et agréable de constater la diversité lexicale que nous offre notre belle langue française pour bien rendre compte de nos idées? N’en tient plus qu’à vous d’appliquer à bon escient cette kyrielle de synonymes.

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(1) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française (OQLF)
(2) Banque de dépannage de l’OQLF

mercredi 31 août 2011

Le bon moment : le moment-um!

Certains termes sont tellement «passés dans l’usage» qu’on ne se doute à peu près pas qu’ils sont fautifs. La phrase suivante, entendue dans le téléroman Les sœurs Elliot (1re saison, 2e épisode) : «On va rater le momentum» en est ici un bel exemple.

MOMENTUM
«Anglisicme pour impulsion, circonstances (favorables), lancée. Il faut profiter des circonstances (et non du *momentum).»(1)

«Momentum est un mot latin qui tente depuis peu de se faufiler en français par l’intermédiaire de l’anglais; c’est un terme à la mode dont on use et abuse depuis quelque temps, notamment dans le langage journalistique. Plusieurs équivalents français peuvent lui être substitués selon le contexte : élan, impulsion, lancée, force, essor, allure, vitesse (de croisière), rythme, dynamisme, vigueur, énergie, conjoncture (favorable) ou conditions (favorables), etc.

Le mot est souvent employé dans des expressions telles que profiter du momentum, créer un momentum, avoir le momentum, garder le momentum, qui pourraient être rendues par des tours comme profiter de l’impulsion du moment, de circonstances favorables, ou encore créer une dynamique, avoir le vent en poupe, continuer sur sa lancée, garder le rythme, être porté par, etc. On parle également souvent d’un momentum favorable pour dire que le temps, la situation, la conjoncture se prête bien, ou est propice, à une action quelconque.

Il ressort qu’avec autant d’équivalents pouvant rendre la même notion, et permettant même de subtiles nuances, la langue française n’a aucun besoin de cet anglicisme.

Exemples fautifs :
- Une victoire dans le débat donnerait un momentum à la campagne du candidat.
- En politique, les plus expérimentés savent profiter du momentum.
- Cette conférence internationale devrait permettre de créer le momentum politique indispensable à la relance du processus de paix.
- Après avoir facilement remporté la première manche, le favori a perdu son momentum et a finalement dû s’incliner devant son adversaire.

On dira plutôt :
- Une victoire dans le débat donnerait une avance (ou assurerait une longueur d’avance) au candidat dans la campagne.
- En politique, les plus expérimentés savent profiter de l’impulsion du moment.
- Cette conférence internationale devrait permettre de créer une dynamique indispensable (ou une conjoncture favorable) à la relance du processus de paix.
- Après avoir facilement remporté la première manche, le favori a perdu son élan (ou n’a pas su garder le rythme) et a finalement dû s’incliner devant son adversaire.»(2)

Les trois sœurs Elliot auraient ainsi mieux fait de dire «On va rater les circonstances favorables», ou encore «On va rater l’occasion, le moment clé»… Ce qui, bien évidemment, ne les aurait pas empêchées de rater ledit moment, de toute façon.

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française

mercredi 17 août 2011

Être à date dans ses connaissances langagières

À date, avez-vous pris soin de lire tous mes derniers billets? Bien que vous ayez sûrement compris ma question, il semble qu’elle ne soit pas formulée correctement.

DATE
«n. f. Indication du jour, du mois et de l’année d’un évènement. […]
FORMES FAUTIVES
*à date. Calque de ‘‘to date’’ au sens de à ce jour.
*à date, jusqu’à date. Calques de ‘‘up to date’’ pour à ce jour, jusqu’à ce jour, jusqu’à maintenant, jusqu’à présent.
[…]
*mettre à date. Calque de ‘‘to bring up to date’’ pour mettre à jour.
[…]»(1)

«Les expressions à date et jusqu’à date sont des calques de l’anglais to date et up to date. Ainsi, un document qui est actualisé au jour où l’on se trouve n’est pas à date mais plutôt à jour. Par ailleurs, si on veut indiquer que le moment où l’on parle constitue une limite dans le temps, on peut utiliser les locutions à ce jour, jusqu’à présent, jusqu’à maintenant ou jusqu’ici.

Exemples fautifs :
- Je souhaiterais mettre mon livret à date.
- Ces fichiers sont inutilisables, ils ne sont pas à date.
- À date, tout s’est bien passé.
- Nous n’avons eu aucune plainte jusqu’à date.
- Rien n’indique à date que les chercheurs aient fait fausse route.

On dira plutôt :
- Je souhaiterais mettre mon livret à jour.
- Ces fichiers sont inutilisables, ils ne sont pas à jour.
- Jusqu’ici, tout s’est bien passé.
- Nous n’avons eu aucune plainte jusqu’à maintenant.
- Rien n’indique à ce jour que les chercheurs aient fait fausse route.»(2)

«À date, tout va bien!
Les locutions à date et jusqu’à date sont des calques de l’anglais. Il existe plusieurs solutions de rechange pour remplacer ces anglicismes, en l’occurrence jusqu’ici, jusqu’à présent, jusqu’à maintenant, jusqu’à ce jour et à ce jour(3)

«Les chiffres ne sont pas à date.
La locution à valeur adjectivale à date est un anglicisme. Il aurait mieux valu dire : Les chiffres ne sont pas À JOUR ou Les chiffres n’ont pas été ACTUALISÉS(3)

Or, jusqu’à présent, avez-vous pris soin de lire tous mes derniers billets? Ils vous aideront à tenir à jour vos connaissances langagières. :)

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française
(3) BERTRAND, Guy. Le français au micro