samedi 17 décembre 2011

Le mot nouveau du samedi

Contexte :
«Le terme a poursuivi sa carrière aux quatre vents des usages martiaux, à travers des marées de troufions, pendant deux siècles.»(1)

TROUFION
«n. m. FAM. Simple soldat. → griveton(a), pioupiou(b)(2)

«Pop. Simple soldat effectuant son service militaire. Synon. pop. troupier(3)

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(a) GRIVETON
«n. m. POP. Simple soldat. → bidasse(c), troufion(2)
(b) PIOUPIOU
«n. m. FAM. VX Jeune fantassin; soldat.»(2)
(c) BIDASSE
«n. m. FAM. Simple soldat du contingent, homme de troupe. → troufion(2)
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(1) [DUNETON, Claude (2005). Au plaisir des mots. Éditions Denoël, Paris.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(3) Trésor de la langue française informatisé, sur le site Centre national de ressources textuelles et lexicales

vendredi 16 décembre 2011

Compagnon et pain

En ce temps de partage que sont les Fêtes, vous seriez-vous douté que le mot compagnon était issue de l’idée de «partage du pain»?
PAIN famille du latin panis «pain», d’un ancien *pasnis peut-être apparenté à pascere «paître». Dérivés :
1) base pas-, pastillus «petit gâteau (sacré)» et «pastille (pour parfumer l’haleine)»
2) base pan-, panarium «corbeille à pain»; panificium «fabrication du pain» et bas latin panifex «boulanger», panificare «faire du pain».

I. BASE pain
1. pain (pan «hostie consacrée»)
2. copain (altération de compain, issu de companio, calque du gothique gahlaiba, de ga «avec» et hlaiba «pain», soit «(soldat) qui partage la même ration de pain que»)

II. BASE -pagn-
1. compagnon (companionem, accusatif de companio «copain»)
2. compagnie (latin vulgaire *compania, dérivé de companio)
3. se pagnoter (argot militaire «manquer de courage», puis «se coucher», dérivé de pagnote «mauvais soldat», issu de l’italien pagnotta «petit pain», sobriquet des soldats qui se débandaient pour chercher leur nourriture)

III. BASE -pan-
1. panier (panarium «corbeille à pain»)
2. apanage (apaner «donner du pain, c.-à-d. de quoi vivre, à son fils ou à sa fille»)
3. pané («recouvert de miettes de pain sec»)
4. panade («soupe de pain trempé», «misère» : provençal panado)
5. panifier (panificare «faire du pain»)

IV. BASE past-
1. pastille (espagnol pastilla, du latin pastillus)
2. pastel («bâtonnet de pâte coloré» : italien pastello, du latin vulgaire *pastellus)(1)
Ainsi, non seulement le compagnon comme le copain partagent-ils leur pain; mais la pastille est elle-aussi issue du pain, avec un sens de «petit gâteau sacré». Il faudra vous en souvenir lors de votre prochain mal de gorge…

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* Les formes précédées par un astérisque sont des formes reconstituées (non attestées dans les textes).
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(1) [PICOCHE, Jacqueline (2008). Dictionnaire étymologique du français. Dictionnaires Le Robert, Paris.]

jeudi 15 décembre 2011

La faute du jeudi – catégories ‘orthographe’ et ‘anglicisme’

→ «DISTRIBUTEUR AUTHORISÉ» ←

AUTORISÉ
«1. Admis. SYN. Approuvé.»(1)
«Authorized. Simple past tense of authorize(2)

Le h vient donc ici du mot anglais, puisque authoriser n’existe tout simplement pas en français.

CORRECTION
DISTRIBUTEUR AUTORISÉ

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) Wiktionary

mercredi 14 décembre 2011

Agenda à partager?

Un soir récent où je n’arrivais pas à dormir, j’ai ouvert la télévision et suis tombée sur La politique provinciale, soit du temps d’antenne fourni gratuitement (il était environ 4h30 am!) aux députés pour qu’ils s’adressent à la population. Ledit député a énoncé ce qui suit : «Mais de la personnalité politique, vous doutez d’emblée. Vous savez qu’elle a un plan, un programme, un agenda, un objectif à vous faire partager.» Pour ma part, ce dont j’ai alors douté d’emblée, c’est de l’utilisation du terme agenda dans ce contexte. J’ai donc été vérifier.

AGENDA
«n. m. 1. Mot latin signifiant ‘‘ce que l’on doit faire’’ utilisé au sens de ‘‘carnet destiné à noter jour par jour ce que l’on doit faire’’. 2. (PAR EXT.) Contenu d’un agenda. SYN. emploi du temps.
FORMES FAUTIVES
*agenda. Anglicisme au sens de ordre du jour.
*agenda. Anglicisme au sens figuré de programme, ligne d’action.»(1)

«n. m. Carnet sur lequel on inscrit jour par jour ce qu’on doit faire, ses rendez-vous, ses dépenses, etc.»(2)
En français, le mot agenda désigne un carnet prédaté où l’on inscrit son emploi du temps (ce carnet peut être électronique). Par extension, au figuré, il désigne parfois l’ensemble de choses à traiter dans une période donnée, et peut être synonyme de emploi du temps, de calendrier.

En anglais, agenda peut désigner également le programme ou l’ordre du jour d’une réunion; dans ce sens, son utilisation en français constitue un anglicisme.

Exemples :
- Pour Noël, j’ai reçu un magnifique agenda de poche.
- J’ai un emploi du temps (ou : un agenda) très chargé ces temps-ci.
- Quel est l’ordre du jour de la réunion? (et non : l’agenda de la réunion)

Par ailleurs, l’expression agenda politique, calquée de l’anglais political agenda, peut désigner les préoccupations politiques, la liste des priorités d’un gouvernement ou la ligne d’action d’un parti.

Quant à l’anglicisme agenda caché (hidden agenda), ou plus rarement agenda secret (secret agenda), il est employé au sens de «programme, intentions non déclarées». On le remplacera par diverses expressions telles que : programme (ou plan, objectif) secret, projets tenus secrets, stratégie secrète, intentions cachées (ou non déclarées, non avouées) ou encore arrière-pensées.

Exemples :
- La lutte contre le chômage est l’une des priorités du gouvernement. (et non : est à l’agenda politique)
- Quelle est la ligne d’action de ce nouveau parti? (et non : l’agenda politique)
- On a accusé le candidat de dissimuler ses véritables intentions. (et non : d’avoir un agenda caché)
- Il s’est défendu d’avoir un objectif caché. (et non : un agenda caché)(3)
Ainsi, dans l’exemple présenté précedemment, on peut affirmer que le terme agenda était inapproprié et aurait dû être remplacé, par exemple, par ligne d’action ou intention.

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]
(3) Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française

mardi 13 décembre 2011

Le mot nouveau du mardi

Contexte :
«Et je vous supplie de ne pas prononcer cela ‘‘dji’’, à l’anglaise, tant le sabir guette insidieusement les meilleurs d’entre nous!»(1)

SABIR
«1. (LING.) Langue mixte élémentaire résultant de contacts de langues très différentes les unes des autres, utilisable pour des communications très limitées dans des secteurs déterminés, notamment le commerce.
NOTE. Ne pas confondre avec les noms suivants :
- créole, langue mixte issue du contact d’une langue européenne (français, anglais, espagnol, portugais) et de langues indigènes, africaines en particulier, devenue langue maternelle d’une communauté linguistique.
- pidgin langue mixte issue du contact de l’anglais et de langues autochtones d’Extrême-Orient, qui sert de langue d’appoint sans être langue maternelle d’une communauté.
2. (FIG.) (PÉJ.) Langage incompréhensible, charabia.»(2)

«n. m. 1. ANCIENNT Jargon mêlé d’arabe, de français, d’espagnol, d’italien, qui était parlé en Afrique du Nord et dans le Levant. 2. LING. Système linguistique mixte limité à quelques règles et à un vocabulaire déterminé d’échanges commerciaux (opposé à pidgin et à créole, dont l’organisation est plus complète), issu des contacts entre des communautés de langues très différentes et servant de langue d’appoint (opposé à créole, langue maternelle). – PAR EXT. PÉJ. Langage hybride, fait d’emprunts, difficilement compréhensible. → charabia, 1. jargon(3)

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(1) [DUNETON, Claude (2005). Au plaisir des mots. Éditions Denoël, Paris.]
(2) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(3) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]