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mercredi 23 novembre 2011

Comment avoir un si haut degré de compétence en français

Lorsque vous lisez un long document, à caractère administratif par exemple, il est fréquent qu’on fasse référence à des passages précis décrits en amont de ce que vous êtes rendus à lire. Comment doit-on référer correctement à ces passages?

CI-HAUT
«Impropriété pour ci-dessus.»(1)
Les personnes ci-haut mentionnées…
On ne trouve pas l’adverbe ci-haut dans les dictionnaires. Il aurait été plus juste de dire : Les personnes mentionnées plus haut, mentionnées précédemment ou mentionnées ci-dessus. On pouvait également dire : Les personnes susmentionnés. La première syllabe de susmentionné se prononce su ou suss.(2)

Le substantif haut signifie notamment «partie supérieure d'une chose». Par exemple, le haut d’une page, qui désigne la partie qui se trouve en tête de la page, correspond à cette définition. Comme adverbe, précédé de plus, haut peut aussi se dire d’une page ou d’un texte, puisqu’il signifie alors «précédemment dans le texte, dans les lignes qui précèdent». Plus haut, qui équivaut à la locution ci-dessus, a d’abord eu le sens de «précédemment dans le déroulement d’un récit».
[…]
Par contre, la locution ci-haut ne figure dans aucun dictionnaire et est considérée comme un barbarisme. La particule démonstrative ci-, du latin ecce hic, «voici ici», suivie d’un trait d’union ne s’emploie que dans quelques locutions, où elle indique la proximité. Seuls des adverbes qui sont ou qui ont déjà été des prépositions (devant, dessus, dessous, après, contre) et certains participes passés (inclus, joint, annexé) semblent avoir pu former des locutions avec cette particule. La seule exception connue est avec le verbe particulier gésir (ci-gît). Comme la particule ci- est vieillie et qu’elle ne survit que dans ces usages, elle ne devrait pas entrer dans la formation de nouvelles locutions avec des mots de nature différente. On remplacera donc ci-haut par ci-dessus, plus haut, précédemment ou supra.(3)
Si vous avez pris soin de bien lire les explications ci-dessus, vous connaissez maintenant plusieurs synonymes pour remplacer l’expression fautive ci-haut.

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) BERTRAND, Guy. Le français au micro.
(3) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française

mercredi 26 octobre 2011

Mots «troncatés»?

Si on vous demande de tronquer, de raccourcir un mot, on vous fait faire une abréviation. Une fois tronqué (et non *«troncaté», comme vous vous en doutiez sûrement), on peut donc dire que le mot a été abré…? Abré-quoi déjà?

ABRÉVIER
«Impropriété pour abréger. NOTE. Ce mot n’existe pas.»(1)

«Le verbe abrévier ne figure plus dans les dictionnaires. Ce verbe vieilli est maintenant considéré comme fautif. En français moderne, seul le verbe abréger est reconnu.»(2)
On utilise parfois à tort le mot abrévier pour abréger. En effet, le mot abrévier n’existe plus et constitue maintenant un barbarisme(a).

Le mot abréger vient du bas latin abbreviare, de brevis «bref». Il signifie en général «écourter», «diminuer la longueur d’un texte, d’un discours» ou «supprimer une partie des lettres d’un mot».

En fait, le verbe abrévier a déjà existé, dérivé lui aussi du latin abbreviare. La forme abréger apparaît en France au XIIe siècle, sous la forme populaire abreger, et concurrence la forme savante abrévier. À partir du XVIe siècle, abrévier perd peu à peu du terrain au profit d’abréger. La forme abrévier semble avoir été relevée pour la dernière fois dans le premier tiers du XIXe siècle, accompagnée d’une remarque précisant qu’elle est peu usitée.

De nos jours, l’emploi fautif de abrévier pour abréger est sans doute causé par une analogie avec le mot abréviation, issu du bas latin abbreviatio et signifiant «texte abrégé».(3)
ABRÉGER
«v. tr. 1. Rendre plus court. SYN. écourter. 2. Résumer. SYN. condenser; resserrer. 3. Supprimer une partie des lettres d’un mot.»(1)

Attention toutefois à l’utilisation du terme abréviation. Bien que le verbe abréger ait plusieurs sens, comme nous l’avons vu ci-dessus, le nom abréviation lui, ne s’applique qu’aux mots qui ont été raccourcis :
Une abréviation est un mot écrit en abrégé. Pour désigner l’action d’abréger (un mot, un texte, un délai, etc.), on emploiera plutôt le terme abrègement. La graphie abrégement est plus rare, mais acceptable. Mais attention! Pour désigner l’action d’abréger, le terme abréviation ne peut s’employer qu’en parlant d’un mot. On peut donc parler de l’abréviation (ou de l’abrègement) de Mademoiselle en Mlle, mais on parlera de l’abrègement d’un discours (et non de son abréviation).(2)
Ainsi, vous pouvez faire autant d’abréviations que d’abrègements, comme bon vous semble, en autant que vous nous disiez savoir abréger, et non abrévier.

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(a) BARBARISME
«Faute grossière de langage, emploi de mots forgés ou déformés, utilisation d’un mot dans un sens qu’il n’a pas. → impropriété, incorrection, solécisme.»(4)
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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) BERTRAND, Guy. Le français au micro.
(3) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française
(4) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]

mercredi 19 octobre 2011

Sens initial

Vous a-t-on déjà demandé, à la banque par exemple, ou même à l’épicerie lorsque, avec votre carte de débit, vous retirez un montant additionnel à vos achats, d’ «initialer» le feuillet de transaction ou la facture, c’est-à-dire d’y apposer vos initiales?

INITIALER
«Impropriété pour parapher, parafer (une lettre, un contrat).»(1)

PARAPHER ou PARAFER
«v. tr. Apposer son parafe, c’est-à-dire signer de ses initiales un texte, une modification, etc. Toutes les pages du contrat doivent être paraphées (et non *initialées).»(1)

PARAPHE ou PARAFE
«Trait de plume ajouté à la signature proprement dite, ou signature abrégée, réduite aux initiales. Ce mot ne doit pas être pris pour un simple ‘‘synonyme’’ de signature.»(2)

Quant au terme initialiser, il se rapporte au domaine de l’informatique : «Mettre dans un état initial un circuit électronique, un programme informatique. Établir l’organisation initiale d’un support d’information (disque, disquette).»(1)

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(1) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]
(2) [COLIN, Jean-Paul (2006). Dictionnaire des difficultés du français. Éditions Le Robert, collection Les usuels, Paris.]

mercredi 7 septembre 2011

Quand vos soucis d’argent vous causent des soucis langagiaires (sic)

Si vous avez des soucis financiers, pouvez-vous aussi parler de soucis pécuniers?

PÉCUNIAIRE
«forme Adjectif à forme unique, auquel il est inutile de substituer un *pécunier, pécunière, formes fantaisistes. ♦ sens Il renvoie à la notion d’ ‘‘argent monnayé’’.»(1)

«Emprunté au latin pecuniarius (par l’intermédiaire de pecunia, pécune, argent), pecuniaire a pour ancêtre pecus, le troupeau, celui-ci symbolisant dans l’ancienne Rome la richesse. L’orthographe pécunier, qui se rencontre parfois, avec pour féminin pécunière […], est signalée par Littré avec une citation […]. Cette orthographe, qui est une faute eu égard à l’étymologie, n’est plus acceptée aujourd’hui. Au masculin comme au féminin, il faut dire (et écrire) pécuniaire […].»(2)

«On utilise parfois à tort le mot pécunier pour pécuniaire. En effet, la forme pécunier n’existe pas et constitue un barbarisme*.

Le mot pécuniaire vient du latin pecuniarius, de pecunia ‘‘argent’’. En français, l’adjectif pécuniaire signifie ‘‘qui a rapport à l’argent’’ ou ‘‘qui est en argent’’. Cet adjectif est soit masculin (un intérêt pécuniaire, soit féminin (une difficulté pécuniaire).

Exemples :
- Ce poste comporte de nombreux avantages pécuniaires. (et non : pécuniers)
- Ces étudiants bénéficient de l’appui pécuniaire de leurs parents. (et non : pécunier)
- L’État fournit une aide pécuniaire aux pays africains. (et non : pécunière)
- Le plaignant a accepté un dédommagement pécuniaire. (et non : pécunier)

L’emploi fautif des adjectifs pécunier et pécunière pour pécuniaire peut s’expliquer par le fait que la finale en -iaire (que l’on prononce -ière) attribuée à un adjectif masculin, a pu paraître incongrue et l’usage populaire lui a naturellement substitué par erreur la finale en -ier.

Cette faute d’orthographe et de prononciation, que l’on trouve même chez certains grands auteurs, est peut-être causée par le rapprochement que l’on fait avec financier et financière. On évitera cette erreur en associant plutôt l’adjectif pécuniaire à l’adjectif monétaire, deux adjectifs qui sont aussi liés par leur sens.»(3)

«Il y a un intérêt pécunier évident.
L'adjectif est pécuniaire et non pécunier / pécunière. De même, on écrit bénéficiaire, auxiliaire, domiciliaire, pénitentiaire, judiciaire, fiduciaire et tertiaire, et non bénéficier / bénéficière, auxilier / auxilière, etc. En cas de doute, on peut remplacer pécuniaire par financier dans de nombreux contextes. Ici, on aurait pu dire : Il y a un intérêt pécuniaire évident ou Il y a un intérêt financier évident.»(4)

Sans les soucis langagiers, vos soucis pécuniaires deviendront peut-être un peu moins lourds à porter que vos anciens soucis pécuniers (sic).

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* BARBARISME
«n. m. Faute grossière de langage, emploi de mots forgés ou déformés, utilisation d’un mot dans un sens qu’il n’a pas. → impropriété, incorrection, solécisme**.»(5)
** SOLÉCISME
«Emploi syntaxique fautif, de formes existant par ailleurs dans la langue (ex. je suis été).»(5)
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(1) [COLIN, Jean-Paul (2006). Dictionnaire des difficultés du français. Éditions Le Robert, collection Les usuels, Paris.]
(2) [THOMAS, Adolphe V. (2007). Dictionnaire des difficultés de la langue française. Éditions Larousse, Paris.]
(3) Banque de dépannage de l’Office québécois de la langue française
(4) BERTRAND, Guy. Le français au micro
(5) [ROBERT, Paul (2004). Le nouveau Petit Robert. Paris.]