vendredi 16 juillet 2010

Un fait caché de la ville de Montréal


J’ai appris quelque chose de fort instructif, récemment, que j’ignorais et que j’ai envie de partager.

Saviez-vous que le pan de rue René-Lévesque situé entre les rues University et Mansfield n’est pas une rue ordinaire mais bien… un pont? Oui oui, un pont! Il semble que ça soit vide sous cette route et qu’on y ait construit un pont.

Ça explique les joints dans la route (comme ceux qu’on voit sur le pont Champlain, par exemple), qui permettent à la structure métallique sous l’asphalte de mieux réagir aux variations de température. Une route «normale» ne présente pas de tels joints, parce qu’elle n’en a simplement pas besoin.

Ça explique aussi pourquoi le sol tremble autant sous mes pieds lorsque j’attends pour traverser le boulevard, chaque matin et chaque soir. Seul un pont pourrait vibrer de la sorte, et non une route ordinaire.

mercredi 14 juillet 2010

Chronique d’une mort annoncée (et capsule récursive)

J’ai récemment entendu l’expression «prendre la poudre d’escampette» et je me suis demandé : utilise-t-on jamais le mot escampette ailleurs que dans cette expression figée? Est-il possible et concevable qu’un mot français ne soit utilisé qu’à un seul et même usage? Gaspillage, non? J’ai donc voulu sonder nos dictionnaires pour trouver le sens exact d’escampette et pour tenter de trouver si et comment on pouvait l’utiliser autrement qu’avec sa poudre.


ESCAMPETTE

Petit Robert
«n.f. – 1688; de escamper (fin XIVe)
VX [Vieux] Fuite. LOC. «Prendre l’escampette» (Furetière). MOD. [Moderne] Prendre la poudre d’escampette : s’enfuir, déguerpir. «Voulant te fuir […] J’ai pris, l’un de ces derniers jours, La poudre d’escampette» (Verlaine).»(1)

Larousse
«n.f. (de l’anc. fr. escamper, s’enfuir). Fam. Prendre la poudre d’escampette : partir sans demander son reste.»(2)


Le Robert nous permet ainsi d’utiliser escampette pour remplacer fuite, même s’il qualifie cet usage de «vieilli». Voilà un pas dans la bonne direction. On peut dorénavant dire, si on veut ajouter un peu de style à notre élocution : «le voleur a pris l’escampette» plutôt que «le voleur a pris la fuite». Admettez que ça fait «class», non? «Geek», plutôt? Somme toute, il semble que ça ne soit pas très contemporain.

Déçue du si peu de latitude que nous accorde escampette (il n’est pas exactement tentant d’utiliser un mot jugé «vieilli» {sauf, peut-être, par pur amusement lexical, pour les amoureux de la langue que nous sommes}), je me suis alors emballée à l’idée d’utiliser le verbe escamper (ma foi fort joli), que je ne connaissais pas encore et duquel est issu escampette. Mais mon emballement fut de bien courte durée, lorsque je m’attardai enfin aux notes «(fin XVIe(1) et «de l’anc. fr.»(2). *Interminable soupir* Rien à tirer de ce côté-là non plus alors : impossible de rescaper(a) escamper (ouh! je fais des allitérations sans le vouloir) dans notre vocabulaire, puisque escamper est malheureusement mort et enterré : il n’apparaît plus dans nos dictionnaires actuels. Diantre! Quelle déception!

Il appert donc qu’escampette est bel et bien enchaîné à sa poudre, ce qui me fait malheureusement craindre, selon le sort réservé aux mots peu usités, sa mort prochaine. Quel dommage… Il semble toutefois que ce soit le lot des langues vivantes : des mots naissent, d’autres meurent. Mais voyons plutôt ça d’un œil positif : cette «sélection lexicale naturelle» a l’avantage de nous épargner des dictionnaires en plusieurs tomes!

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(a) Oups! En voulant vérifier la grammaticalité de ma phrase concernant «rescaper […] dans notre vocabulaire» (valait-il mieux dire «rescaper […] à notre vocabulaire»?), j’ai tout à coup découvert que rescaper, le verbe, n’existe pas! Seul l’adjectif rescapé apparaît au dictionnaire!(b) *bouche bée* Me voilà donc à créer des capsules récursives (des mini-capsules à l’intérieur de plus grandes) presque à mon insu! Amusant non? Et doublement instructif, surtout. :)

(b) Je dois déjà amender mes propos : après vérification au Multidictionnaire(3), notre délicieux dictionnaire québécois, rescaper existe et signifie : «Sauver quelqu’un, le faire échapper à un danger, à une situation périlleuse.»(3)
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(1) [Le nouveau Petit Robert, édition 2004. Paris.]
(2) [Le Petit Larousse illustré, édition 1996. Paris.]
(3) [DE VILLERS, Marie-Éva (2007). Multidictionnaire de la langue française, 4e édition. Éditions Québec Amérique inc.]

lundi 12 juillet 2010

Trouvez l'erreur


Ça vous a frappé ou pas?

Si vous aviez un proche qui était daltonien, vous auriez déjà contacté la SAAQ pour vous plaindre.

Si vous étiez daltonien, vous n'auriez rien remarqué.

...ou alors, vous auriez contacté la SAAQ pour qu'ils vous indemnisent... à cause de votre accident lorsque vous avez brûlé un feu rouge... que vous croyiez vert.

Par contre, si vous observez bien la photo, vous remarquerez que la SAAQ a quand même pris la peine d'installer des dispositifs sonores pour non-voyants (pour les aider à traverser la rue). On ne pourra donc pas la taxer de discrimination.

Zut alors.

jeudi 8 juillet 2010

1er post

Ceci est un test, livré pour vous.

vendredi 4 juin 2010

La méprise

[Initialement publié sur le blog Mauvaise langue!]

Mise en situation
Cette semaine, mon préambule sera une tranche de vie :

Correctrice pour une entreprise qui émet des documents officiels aux tournures vaguement légales, je m’étais par le passé gaussée de la tournure «y afférent(es)», dans une phrase comme : Je vous présente l’analyse et les autres documents y afférents (on sous-entend ici les documents afférents à l’analyse). Il m’apparaissait alors évident, sans trop y réfléchir, que la tournure correcte était soit …les documents afférents, soit …les documents y afférant, puisque je considérais y comme un pronom utilisé pour remplacer un complément de verbe, complément qui aurait suivi la préposition à : Je vais à MontréalJ’y vais; Je peux me fier à LouisJe peux m’y fier.

GREVISSE
«En et y sont pronoms personnels quand, représentant, soit un nom de chose ou d’animal, soit une idée, ils équivalent, le premier à un complément construit avec de, le second à un complément construit avec à ou dans(1)

Mon (pres)sentiment était donc qu’il fallait nécessairement qu’il y eût un verbe pour qu’on puisse utiliser y. Je ne concevais pas qu’on puisse utiliser pareil pronom avec un adjectif, et pour qu’afférent devienne verbe, il fallait alors qu’on l’utilise sous la forme d’un participe présent. J’attribuais donc l’erreur de la forme y afférent(es) à une vulgaire erreur basée sur le caractère identique, à l’oral, d’afférent et afférant. Tout semblait logique.

La méprise
Eh bien mes chers amis lecteurs, j’ignore combien d’entre vous étiez au courant de ce que je m’apprête à vous révéler au détour de l’hyperlien ci-dessous, mais il semble que j’étais dans l’erreur la plus totale et époustouflante et que la tournure y afférent(es), qui a d’abord suscité l’hilarité chez mes amis-z’et-collègues correcteurs et moi, est bel et bien correcte! Et pire encore, je découvre qu’une de mes suggestions de correction mentionnées plus haut est, elle, fautive. Comme quoi l’instinct du correcteur est parfois son pire ennemi!

L’explication
Si vous être prêts à vous laisser décoiffer et à remettre en question vos certitudes grammaticales, cliquez ici!

L’application
Le pronom y peut donc tout aussi bien être utilisé avec un adjectif qu’avec un verbe, pour autant que cet adjectif appelle un complément qui suit la préposition à : les informations relatives à ce travailles informations y relatives (détail amusant : aveuglée par la cohérence de mon analyse syntaxique initiale, j’avais d’abord négligé le fait que le verbe «afférer (à)» n’existe pas; impossible, donc, de créer la forme afférant).

J’adoooore notre belle langue française pour ça : alors qu’on croit en maîtriser presque toutes les finesses, elle nous surprend tout à coup avec des fioritures qui nous avaient échappé jusque-là. :) C’est là une belle leçon d’humilité, qui me rappelle qu'il est important de douter et qu’il est essentiel de toujours retourner aux sources.

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(1) [GREVISSE, M. (1990). Précis de grammaire française, 29e édition. Éditions Ducolot, Paris, p.119, paragraphe 243.]